Voilà quelques jours maintenant que l’Abbé Pierre nous a quitté. Les hommages de la nation, de la presse, des hommes politiques et des bloggueurs font tous l’éloge de sa générosité et de son grand coeur. Car l’Abbé Pierre aimait son prochain, il était l’exemple même de ce que nous pouvons appeler la charité chrétienne. Jusqu’à son dernier souffle il aura apporté son soutien à qui en avait besoin, sans jamais se demander si celui qui venait vers lui était bon ou mauvais, sans jamais le juger. Quelqu’un venait, il l’accueillait. Un exemple d’altruisme et de compassion.
Malheureusement, notre société dans son ensemble ne partage pas les mêmes valeurs si chères à l’abbé Pierre. Quand la société va mal, au lieu de nous entraider, il faut montrer quelqu’un du doigt, trouver un responsable. En ce moment, je parcoure la bloggosphère, les journaux et j’écoute les conversations, et j’entends, je lis, je vois toujours les mêmes choses. La société va mal, alors on accuse. La France est trop endettée, les impôts sont trop élevés, les coupables sont là parmi nous. Si l’économie de la France va mal, c’est parce qu’il y en a qui abusent. Qui abusent de quoi? Des minima sociaux... L’amalgame prend forme, on ne parle plus de solidarité, mais d’assistanat. Les gens qui en bénéficient ne sont plus des pauvres ou des gens dans le besoin, non, juste des profiteurs. Combien de blogs hurlent leurs colères en démontrant par A+B qu’en vivant des minima sociaux on peut super bien vivre, s’acheter des mercedes, partir en vacances et pire que tout: être heureux et profiter de la vie. Car si il y a bien un truc qui énerve, c’est que quelqu’un qui bénéficie des minima sociaux puisse être heureux, alors que nous, pauvres travailleurs, n’arrivons pas à atteindre le bonheur par nos efforts répétés. L’équation est facile, moins de prestations sociales permettrait de réduire les impôts et de combler la dette. tout le monde s’en porterai mieux. Puisqu’on coupe les robinets de l’assistanat, les gens qui bénéficiaient de l’aide de l’état se retrouveraient dans l’obligation de travailler... On peu argumenter des jours durant sur ce thème.
Pourtant, comme dans toute population, parmi les bénéficiaires des minima sociaux et des prestations sociales, il y a des gens biens, et des gens moins bien. Qui en ait qui abusent c’est incontestable et le but de mon article n’est pas de démontrer le contraire. Par contre, qu’on fasse l’amalgame en considérant que toutes personnes qui bénéficient de ces prestations profitent, je trouve que le pas est un peu vite franchi... D’autant plus vite franchi que c’est une façon très limité d’aborder le problème... Dès que l’on dit que les droits s’accompagnent de devoirs, on pense immédiatement aux bénéficiaires des minima sociaux. Preuve en est qu’on est déjà bien conditionné...
Puisque certains vont jusqu’à dire qu’il faut briser les tabous de l’assistanat et en parler, et bien brisons d’autres tabous. Parlons d’une autre catégorie de population, osons parler de ces hommes et de ces femmes dont l’impact sur l’économie nationale est loin d’être négligeable... Vous ne voyez pas de qui je veux parler? Des chefs d’entreprises!
On entend toujours dire qu’un chef d’entreprise c’est quelqu’un qui poussé par la volonté d’entreprendre crée sa société, se donne à fond, crée de l’emploi, de la richesse, il y met son coeur, ses tripes et ses larmes, c’est la personne à respecter plus que tout! Soit! mais cette image idyllique du chef d’entreprise est un peu facile...
Pourquoi n’osons nous pas dire que parmi les chefs d’entreprises, il y en a des bons et des mauvais? Pourquoi n’osons nous pas dire que les mauvais patrons existent, et que leur impact sur l’économie n’a rien de négligeable? Pourquoi s’impose t-on ce tabou? Pourquoi si on cherche des coupables, on ne se penche pas sur leur cas? Attention, l’idée n’est pas de faire un amalgame (un de plus). Je vais donc commencer par rendre hommage à tout ces patrons sérieux et efficaces, qui s’investissent corps et âmes dans leur entreprises, qui créent de l’emploi et de la richesse. L’économie leur doit beaucoup. Mais les patrons sont-ils tous comme cela?
Parmi les motivations qui sont à l’origine de la création d’entreprise, il y a, le goût d’entreprendre, l’envie de se sentir bien dans son travail, l’envie d’exercer une activité choisie. Mais ne le cachons pas, il y a aussi pour certain simplement l’envie de s’enrichir. A la limite, si une personne souhaite s’enrichir, et que pour le faire elle crée une société qu’elle s'efforce de faire fonctionner le plus efficacement possible, il n’y a rien à redire. Mais puisqu’on en est à chercher des responsables de la mauvaise santé de l’économie, osons parler de certains patrons.
Que dire d’un patron pour qui la société qu’il a montée n’est qu’une machine à fric pour l’enrichir? Ce patron exploitera tout ce qu’il peut exploiter, dans le seul but de retirer le plus d’argent possible de sa juteuse affaire. Lorsque qu’un patron de la sorte rémunère au smic la majorité de ses employés, pour faire un maximum de bénéfice, il pénalise l’économie. D’une part, il minimise la consommation de ses employés (ce qui pénalise d’autres entreprises), d’autre part, les employés étant peu payés, ils devront faire appel aux prestations sociales tel que l’APL, les bourses, etc. Les frais scolaires pour leurs enfants seront réduit et de plus ils ne paieront quasiment pas d’impôt. Alors que son patron indélicat va militer pour obtenir un bouclier fiscal pour ne pas payer trop d’impôt, et demander des exonérations de charges sociales pour ses employés. Le comble, ses employés devront vivre de l’aide sociale sans qu’il y participe! Ce patron respecte t-il ses devoirs pour avoir eu le droit d’entreprendre?
Que dire de ces patrons qui sont devenus des spécialistes de l’entreprise éphémère. Monter une boite, profiter des aides, des exonérations, mettre la clé sous la porte et partir avec la caisse? Respectent-ils leurs devoirs pour avoir eu la liberté d’entreprendre?
Que dire de ces patrons qui malgré leur bonne volonté sont de très mauvais gestionnaires et mettent aux chômage leur employés après un dépôt de bilan résultat de leur incompétence? Respectent-ils leurs devoirs?
Que dire de ces patrons qui emplois des clandestins au noir pour les payer une misère et réduire leur charges sociales? Un manque à gagner pour l’argent public.
A combien peut on chiffrer l’aide sociale (APL, bourses, impôts, etc.) que donne l’état à des employés qui sont sous-payés par des patrons indélicats? Chaque employé au smic nécessitera de la part de l’état une aide. Or qu’observe t-on? Que de plus en plus de personnes sont payés au smic. Tout les smicards sont des consommateurs de prestations sociales. Ces prestations sociales pour les payer il faudra augmenter les charges sociales. La boucle est bouclé, le cercle est vicieux...
Je le répète, je ne mets pas tout les patrons dans le même panier, mais nier que des patrons indélicats, incompétents voire malhonnêtes peuvent pénalisent lourdement l’économie c’est de l’aveuglement!
Je pourrai refaire la même démonstration avec les médecins et les abus de certains, les maires et leur gestion des villes, on peut toujours trouver quelque chose à redire sur quelqu’un.
Je n’ai pas la prétention d’avoir une solution aux problèmes de l’économie française. Ce dont je suis sûr c’est que le problème n’est pas simple, et qu’on ne peut accuser quiconque aussi facilement. Si il y a un problème que l’on peut montrer du doigt, c’est l’égoïsme. L’égoïsme, l'avarice, l’avidité de celui qui abuse du système que ce soit d’un côté de la chaîne, ou de l’autre. Si il y a une solution, ce n’est pas en créant des divisions qu’on va la trouver. Ce n’est pas en se montant les uns contre les autres que les choses avanceront.
Ne perdons pas le message de l’abbé Pierre, n’oublions pas la force de la fraternité.