Je fais partie des gens qui pensent que nous vivons dans un monde de plus en plus égoïste et individualiste, et évidemment je le regrette. Mais quand c’est la vie de tout les jours
qui me le rappelle, je trouve ça de suite moins drôle...
Comme tout les matins de la semaine, je prends le train de banlieue pour me rendre à mon travail. Et ce lundi, comme ça arrive de temps en temps, quelques problèmes ont occasionné des retards. Ce
jour là, le problème en question était un “accident grave de voyageur”. Expression qui la plupart du temps sous-entend un suicide. Alors que j’étais en train de me dire “j’espère que ce n’est pas
trop grave et qu’il va s’en sortir”, les remarques faites par les autres voyageurs m’ont carrément glacé le sang... La majorité occultent complètement la personne qui vient d’avoir un accident et
en veulent à la terre entière parce que cela va les mettre en retard. Une vie n’est rien au regard des 10 ou 20 minutes que nous risquons de perdre.
Il y à ceux qui, malgré l’information claire et répétée en permanence dans les haut-parleurs, s’en prennent à la SNCF comme si elle y pouvait quelque chose, et ceux, et là faudra m’expliquer, qui
s’en prennent à la victime en la traitant de tout les noms...
J’avoue que cette tendance que nous avons à tout ramener à nous me surprend toujours. La seule chose que nous voyons, c’est notre retard et la gêne qu’il va nous occasionner. Rien à faire qu’un
personne soit morte ou en train de mourir, il ne faut pas que la machine s’arrête. Je sais que certains vont me dire qu’un retard peut nous faire perdre notre travail, je sais tout ça, mais au
final, c’est parce que le patron pense exactement la même chose. La raison du retard il s’en fout, la seule chose qui compte c’est sa productivité. Et lui justifiera son désintéressement par le
fait que ses créanciers, ses clients ou autres ne veulent rien savoir. Au final, on revient à ma remarque de départ, nous vivons dans un monde de plus en plus égoïste et individualiste, où chacun
ne s’occupe que de sa personne et de ses intérêts. Et c’est bien pratique car nous pouvons ainsi justifier notre égoïsme et notre individualisme par l’égoïsme et l’individualisme des autres... Nous
avons rangé notre compassion dans une vieille boite à chaussures, en se disant que nous la ressortirons à l’occasion pour un événement qui en vaut la peine.
C’est bien triste tout ça. Et ça l’est d’autant plus, que si la victime est un de nos proches ou nous-même, alors là, nous voudrions que la Terre s’arrête de tourner, nous demandons au gens de
comprendre notre douleur, mais ça ne marche pas. Nous subissons l’indifférence des autres comme une agression supplémentaire qui vient se greffer sur notre souffrance.
Nous vivons vraiment dans un monde étrange...